Petite plante avec une étoile;
ORIENT
médiation et conseil
par un anthropologue indépendant

Gregory Bateson (1904-1980)

Grande figure intellectuelle du vingtième siècle (voir la fiche Wikipedia), l'influence de Gregory Bateson est aussi transversale qu'il fut marginal dans les institutions pendant toute sa vie.

Photo de Gregory Bateson s'amusant avec un chien
Bande-annonce (3'43) d'un documentaire réalisé en 2010 par sa dernière fille Nora Bateson (née en 1968).


Onze citations choisies

Ces citations ne sont pas forcément les plus accessibles, mais quelques unes de celles qui m’ont le plus marqué dans l’ensemble de son oeuvre, celles que j’ai eu envie de mettre en avant quand j’ai fermé ma page web en 2014.

1 - La tique et le mammifère

(La Nature et la Pensée, p. 53)

« La larve de la tique grimpe à un arbre et attend sur une brindille extérieure. Si elle sent de la transpiration, elle se laisse tomber et atterrit, éventuellement, sur un mammifère. Mais si, après quelques semaines, elle ne sent pas de transpiration, elle se laisse tomber et s'en va grimper à un autre arbre. La lettre qu'on n'écrit pas, les excuses qu'on ne présente pas, la nourriture qu'on ne donne pas au chat : voilà des messages qui peuvent être suffisants et efficaces parce que zéro, en contexte, peut être significatif. »

2 - Les nœuds dans le mouchoir

(« Comment penser sur un matériel ethnologique : quelques expériences » in Vers une écologie de l’esprit, vol. 1, p. 121)

« Je suggère (…) d'habituer les savants à (…) faire des nœuds à leurs mouchoirs, chaque fois qu'ils laissent quelque chose d'informulé, c'est-à-dire leur apprendre à consentir à laisser cela tel quel, pendant des années, mais en marquant d'un signe d'avertissement la terminologie qu'ils utilisent ; de telle sorte que ces termes puissent se dresser non pas comme des palissades, dissimulant l'inconnu aux visiteurs à venir, mais comme des poteaux indicateurs où l'on puisse lire : « INEXPLORÉ AU-DELÀ DE CE POINT. »

3 - L'écran de la conscience

(« But conscient ou nature »  in Vers une écologie de l’esprit, vol. 2, pp. 223-224)

« Bien sûr, la totalité de l'esprit ne peut pas se transporter dans une partie de l'esprit. Cela découle logiquement de la relation entre le tout et la partie. L'écran de télévision ne vous donne pas la retransmission ou le compte rendu intégral de tous les évènements qui se déroulent dans l'ensemble des processus qui constituent la "télévision". Cette impossibilité ne vient pas de ce que les spectateurs ne seraient nullement intéressés par cette transmission, mais surtout de ce que, pour rendre compte de toute partie supplémentaire du processus global, il faudrait des circuits supplémentaires. Et rendre compte de ce qui se passe dans ces circuits supplémentaires demanderait encore d'autres circuits supplémentaires, et ainsi de suite.
On voit, donc, que chaque nouvelle étape vers l'élargissement de la conscience éloigne d'avantage le système d'un état de conscience total. Ajouter un rapport sur les évènements qui se produisent dans une partie donnée de l'appareil ne fera, en fait, que diminuer le pourcentage des évènements rapportés dans leur totalité. »

4 - La jungle des hypothèses bâclées

(Vers une écologie de l'esprit, introduction)

« Le soi-disant spécialiste en sciences du comportement, qui ignore tout de la structure fondamentale de la science et de 3000 ans de réflexion philosophique et humaniste sur l'homme — qui ne peut définir, par exemple, ni ce qu'est l'entropie ni ce qu'est un sacrement — ferait mieux de se tenir tranquille, au lieu d'ajouter sa contribution à la jungle actuelle des hypothèses bâclées. »

5 - La structure qui relie

(La Nature et la Pensée, p. 16)

« Je m’en prenais récemment aux insuffisances de l’éducation occidentale : dans une lettre à mes confrères du Conseil d’administration de l’Université de Californie, j’avais glissé la phrase suivante : « Si l’on brise la structure qui relie entre eux les éléments de l’apprentissage, on en détruit nécessairement toute la qualité. »
Je vous propose cette expression, la structure qui relie [the pattern which connects], comme un autre titre possible pour ce livre.
La structure qui relie. Pourquoi les écoles n’enseignent-elles presque rien de la structure qui relie ? Est-ce parce que les professeurs se savent porteurs du baiser de la mort, qui ôte la saveur à tout ce qu’ils touchent, qu’ils refusent ainsi d’aborder ou d’enseigner les choses réellement importantes de la vie ? Ou bien sont-ils porteurs du baiser de la mort justement parce qu’ils n’osent rien enseigner de ces choses-là ? Quel est donc leur problème ?
Quelle est la structure qui relie le crabe au homard et l’orchidée à la primevère ? Et qu’est-ce qui les relie, eux quatre, à moi ? Et moi à vous ? Et nous six à l’amibe, d’un côté, et au schizophrène qu’on interne, de l’autre ?
Je voudrais vous expliquer pourquoi j’ai été biologiste toute ma vie, et ce que j’ai essayé d’étudier. »

6 - Esthétique et épistémologie

(La Nature et la Pensée, p. 27)

« Je reste fidèle à l'hypothèse que notre perte du sens de l'unité esthétique a été, tout simplement, une erreur épistémologique. Je crois que cette erreur peut se révéler beaucoup plus grave que les incongruités mineures propres aux épistémologies plus anciennes qui admettaient une unité fondamentale. »

7 - Créature vivante parmi les créatures vivantes

(« La dernière conférence » in Une unité sacrée : quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit, pp. 407-408)

« J'affirme que si vous voulez parler de choses vivantes, non seulement en tant que chercheur en biologie mais à titre personnel, pour vous-même, créature vivante parmi les créatures vivantes, il est indiqué d'employer un langage isomorphe au langage grâce auquel les créatures vivantes elles-mêmes sont organisées ».

8 - La responsabilité de mes représentations

(« Cette histoire naturelle normative qu'on appelle l'épistémologie » (1977) in Une unité sacrée : quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit pp. 304-305)

« J'aimerais, pour finir, essayer de vous donner un aperçu de ce que je ressens, ou de préciser le genre de différences que cela provoque en moi, quand je regarde le monde du point de vue de l'épistémologie que je viens de décrire, lorsque j'abandonne la façon dont je le voyais avant - et dont la plupart des gens le voient toujours, je crois. (…) Le mot « objectif » tombe tout doucement en désuétude et, en même temps, le mot « subjectif », qui habituellement vous confine à l'intérieur de votre peau, s'évanouit également. Je pense que c'est là le changement le plus important, ce démantèlement de l'objectivité. Le monde n'est plus « là, dehors » comme il semblait l'être auparavant. Sans en être pleinement conscient, sans y penser tout le temps, je sais quand même toujours que les images (…) sont « miennes » et que j'en suis responsable d'une manière assez particulière. »

9 - Le monde est une plaisanterie

(« Intelligence, expérience et évolution » in Une unité sacrée : quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit pp. 374-375)

« À mesure que nous avançons, nous arrivons à un monde très différent de celui décrit par le langage habituel, à un monde qui est fondamentalement double dans sa structure. À un niveau d'organisation assez bas (je ne dis pas simple, mais bas), il y a quelque chose qu'on appelle l'apprentissage. Au niveau d'une Gestalt beaucoup plus vaste, on trouve quelque chose qu'on appelle l'évolution. Il existe une sorte de drôle de couplage imparfait entre ces deux niveaux. Nous nous situons surtout au niveau de l'apprentissage mais nous sommes quand même des créatures et nous appartenons aussi à ce niveau beaucoup plus vaste. Nous vivons dans un monde curieusement paradoxal, dans lequel nous faisons de notre mieux. Vous savez, le monde est parfois une plaisanterie - parce que justement, les plaisanteries se trouvent entre les deux niveaux de Gestalt, les deux niveaux de configuration, et, lorsqu'ils se recoupent, nous rions, ou nous pleurons, ou faisons de l'art ou de la religion, ou devenons schizophrènes. Alors qu'allons nous faire? Mais la question n'est pas vraiment de faire quelque chose, naturellement.
Je crois qu'il y a différentes sortes de mouvements. L'un des plus intéressants, c'est le mouvement que vous réalisez quand vous vous trouvez déchirés entre ces deux mondes de niveaux différents. C'est ridiculement confus, ridiculement injuste. (...) Au-delà de ce que nous appelions une double contrainte il y a quelques années, au-delà de ce dilemme (si toutefois vous pouvez faire en sorte que ces niveaux s'affrontent d'une certaine façon, sans fuir la situation, et sans vous faire attraper par le système de santé mentale de l'État), on découvre un autre niveau, une certaine sagesse. »

10 - Dans la gueule du loup

(La Nature et la Pensée, p. 221)

« Je crois que j'aimerais intituler mon prochain livre "dans la gueule du loup", parce que tout le monde n'arrête pas de me demander de me jeter tête baissée dans ladite gueule. C'est monstrueux - vulgaire, réductionniste, sacrilège, appelle ça comme tu voudras - de foncer tête baissée muni d'une question sur-simplifiée. C'est un péché à l'encontre de nos trois nouveaux principes. Contre l'esthétique, contre la conscience et contre le sacré. »

11 - L'univers disséqué

(« La dernière conférence » in Une unité sacrée : quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit, pp. 411-412)

« Vous allez peut-être me demander maintenant : "Mais comment arrive-t-on à ce genre d'éducation holistique?" Et cette question est déjà un aveu, car elle montre qu'habituellement nous ne voyons pas les choses comme cela. Elle émerge d'un univers déjà disséqué et non d'un univers organisé, et implique une réponse qui ne peut pas être la bonne. Cette réponse, issue d'un univers déjà disséqué, je ne vous la donnerai pas, car ce n'en serait pas une. »

Taez, mosquée Al-Ashrafiyya (XIII° siècle). [couleurs modifiées]
Taez, coupole de la mosquée Al-Ashrafiyya, XIII° siècle (couleurs modifiées).



Considérations sur Gregory Bateson

[extraits portant sur Bateson, dans mes textes du premier confinement]

Naven et l’ethnographie contemporaine

Publiée en 1936, l’oeuvre de jeunesse de Gregory Bateson s’intitule : La Cérémonie du Naven. Les problèmes posés par la description sous trois rapports d'une tribu de Nouvelle-Guinée (traduction française publiée en 1971). On constate que d’emblée, Bateson pose la description en terme de problèmeL’oeuvre s’avère trop déconcertante intellectuellement pour fonder un nouveau paradigme en anthropologie, et Gregory Bateson mènera l’essentiel de sa carrière à la marge des institutions. Bateson est largement connu aussi pour ses contributions dans des disciplines connexes : dans le renseignement militaire pendant la seconde guerre mondiale (comment miner le moral des troupes le plus efficacement possible, compte-tenu du rapport à l’information des régimes fascistes…1), puis en psychiatrie (théorie de la schizophrénie et de la « double contrainte »), en théorie de l’apprentissage (ses élèves partiront développer les « poules aux œufs d’or » du développement personnel…2) et de la communication biologique (on le considère aujourd’hui comme un précurseur de la « biosémiotique »3). Bateson est surtout un penseur précurseur sur la crise écologique, et c’est sous le paradigme unifié de « l’écologie de l’esprit » qu’il redéfinira à la fin de sa vie la cohérence de son œuvre4.

Mais pendant que Gregory Bateson poursuivait son chemin, son Naven a tout de même eu une influence durable et transversale au sein-même des sciences sociales, bien que souvent indirecte ou souterraine. Cette œuvre initiait en effet certains outils fondamentaux, comme la notion d’ethos culturel (reprise par Pierre Bourdieu), l’interactionnisme (Erving Goffman) ou la notion de « schismogenèse » et de configuration (Norbert Elias). Et derrière cette « description sous trois rapports », mentionnée dans le sous-titre de Naven, se cache une pratique de la description qui caractérise pleinement ce qu’on appelle aujourd’hui ethnographie. Lorsqu’il décrit une scène à laquelle il a assisté, le chercheur s’efforce de mettre en évidence à la fois la cohérence eidologique des idées mobilisées, la cohérence ethologique de l’expérience sensible et corporelle, et la cohérence sociologique de son inscription dans l’organisation et la structure sociale. C’est exactement cette pratique que j’ai appliqué sans relâche au cours des années 2000, dans mon étude de la sociabilité masculine à Taez. Je la tirais simplement de ma formation généraliste en sciences sociales, à l’ENS et à l’Université de Nanterre, et pas spécialement d’une lecture de Naven, un livre devenu assez difficile d’accès.

Si je retourne lire Bateson, à la fin des années 2000, c’est à l’origine parce que je suis confronté à un cas de « schizophrénie » chez celui qui a été l’objet de ma première étude quelques années plus tôt (je renvoie à l’article tiré de ma maîtrise en 2005 : « Zayd, Za’îm al-hâra. Analyse sociologique d'un charisme de quartier »). De manière très symbolique, Ziad met le feu à sa propre maison le 19 août 2007, jour de mon retour à Taez pour mon quatrième séjour. Évidemment, j’aurais pu ignorer cet incident : j’avais alors une certaine conception de la sociologie locale, et j’aurais tout à fait pu laisser Ziad dans sa « case », comme les Yéménites eux-mêmes m’y encourageaient. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait dans un premier temps. Mais tout en conservant les analyses que j’avais construites - et tout en laissant Ziad dans sa prison - j’ai utilisé une sorte de joker, la conversion à l’islam. Un geste que personne ne pouvait me reprocher, ni dans la société yéménite, ni dans le monde académique français. Je n’ai absolument pas mélangé les genres, en jouant à l’apprenti théologien ou à l’anthropologue culturaliste infiltré. Mais par le fait même que je m’installais dans une pratique de l’islam - que je plaçais ma propre observation sous le regard de Dieu - je suis devenu capable de reconstruire mon objet en y intégrant mon propre regard. Et c’est ce qui donne les études présentées sur ce site, qui n’ont jamais vraiment été reçues par le monde académique, mais qui forment un ensemble plutôt cohérent (voir la publication unilatérale de ma thèse), organisés autour d’une situation ethnographique, dont j’ai parcouru et reparcouru les méandres, comme une tragédie antique constamment réinterprêtée par le rhapsode, dont il ne reste à peu près aucune zone d’ombre aujourd’hui.

Or il existe une raison fondamentale, qui faisait que je ne pouvais pas terminer cette thèse, et que cette thèse ne pouvait être reçue. Cette raison, c’est que les sciences sociales ne savent plus pourquoi elles pratiquent l’ethnographie, telle qu’elle la pratiquent aujourd’hui : elles pratiquent une description « à la Bateson », mais elles croient sérieusement à la réalité des entités qu’elles utilisent, ce qui est contradictoire.

[La même critique de la sociologie est formulée par Florence Weber, par exemple dans la conclusion de son texte : « De l'ethnologie de la France à l'ethnographie réflexive », publié en 2012 dans la revue Genèses.]

Citons l’épilogue5 rédigé par Bateson en 1958, pour une ré-édition de l’ouvrage :

La Cérémonie du Naven n’est en fait qu’une étude de la nature de l’explication. Bien sûr, le livre contient des détails sur la vie et la culture iatmul, mais il n’est pas en premier lieu une étude ethnographique [au sens des années 1950…], une exposition des données en vue d’une éventuelle synthèse ulté­rieure, à effectuer par d’autres hommes de science. Il s’agit là même plutôt d’une tentative de synthèse, d’une étude des manières dont les données peuvent être structurées dans un ensemble, et c’est bien une telle structuration des données que je désigne par « explication ». (…) Le point culminant et final du livre est la découverte, décrite dans l’«Épilogue 1936» (découverte faite quelques jours seulement avant que le livre ne soit sous presse) de ce qui est aujourd’hui un truisme: le fait qu’« ethos », « eidos », « sociologie », « économie », « structure culturelle », « structure sociale » et tous les autres mots similaires se réfèrent uniquement à la façon dont les hommes de science mettent ensemble les éléments du puzzle.
Toutefois, ces concepts théoriques relèvent également d’un ordre objectif de réalité: ils sont réellement des descriptions de processus de connaissance adoptées par les hommes de science; mais supposer que des mots comme «ethos » ou « structure sociale » possèdent une autre réalité, c’est commettre l’erreur que Whitehead appelle «le concret mal placé». (…) « économie » est une classe d’explications et non pas une explication.

C’est cette erreur généralisée du « concret mal-placé », qui nous place dans la situation délicate actuelle (et je recycle ici un paragraphe de l’introduction…). Les intellectuels nous expliquent aujourd’hui, à longueur de tribunes, que la crise du Covid-19 est la conséquence de la mondialisation capitaliste, qui n’a cessé d’organiser la circulation généralisée des marchandises et de l’oligarchie financière, tout en affaiblissement partout le corps social. Mais l’un des corollaires de ce processus a toujours été la circulation des chercheurs en sciences sociales - et de préférence de ces chercheurs incapables d’affronter la mort, sélectionnés par des institutions académiques sclérosées dans tous les domaines, et tous les Etats du monde. Cette circulation a permis, depuis 1945, la construction progressive d’une appréhension rationaliste et unifiée des « réalités sociales », partout sur la planète, y compris en Mélanésie. Là est le fondement véritable de la mondialisation capitaliste, et sa condition préalable. Les classes moyennes occidentales se montrent solidaires de cette image unifiée des réalités du monde, des plus proches aux plus exotiques, parce qu’elles la consomment selon des pratiques culturelles (en France surtout) étroitement liées à leurs valeurs et à leur mode de vie. Et c’est la véritable raison d’être de ce confinement « bête et méchant » dont nous faisons l’expérience en France, qui a peu de rapport avec la gravité objective de la maladie. Via l’État macronien, les classes moyennes se retrouvent aujourd’hui prises au piège de leur propre vision du monde.

Dans ma propre enquête, étant issu moi-même de cette classe moyenne, je n’ai fait que reparcourir le cheminement de Bateson dans Naven. Je faisais ma propre éducation d’épistémologie6, en détruisant systématiquement les idoles sociologiques. Le Yémen des années 2000 n’était pas la Nouvelle-Guinée des années 1930, et l’anthropologie n’est pas non plus la même. Mais il y a beaucoup d’analogie, entre mon exploration de « l’homoérotisme » et de ses faux-semblants toujours renouvelés, et la démarche révolutionnaire de Naven, qui consiste à peindre une société à partir d’un seul rituel de travestissement. Le sens de Naven en langue iatmul est « donner à voir », ou quelque chose comme « en mettre plein les yeux ». Autrement dit, ce rituel permettait à Bateson de penser sa propre position d’observateur, incidemment. Bateson n’insiste pas, il n’écrit pas à l’ère de l’anthropologie réflexive et post-moderne, et ce n’était pas le genre de l’époque. Mais la suite de son œuvre montre qu’il a intégré la leçon. Moi-même en 2001, lorsque je me lance dans les sciences sociales, c’est avec l’idée sous-jacente de les rendre plus rigoureuses, et d’utiliser pour cela mon expérience antérieure de la camaraderie scientifique transculturelle. Mais dans le Yémen des années 2000, la destruction des idoles sociologiques est une question hautement sensible politiquement. Contrairement à Bateson et les Iatmul de Nouvelle-Guinée, je suis rattrapé d’emblée par les « dommages collatéraux » de cette démarche - d’une part en 2003, à travers l’épilogue de mon premier terrain, d’autre part avec l’incendie de 2007.

La révolution malinowskienne, Naven et moi

Rédigé le 10 mai, pour introduire la distinction fondamentale entre les sociétés non-européennes « découvertes » à partir du XVe siècle, et les sociétés orientales (musulmanes), qui ne sont devenues que par accident des objets légitimes de l’anthropologie, du fait de la disqualification de l’Orientalisme à la décolonisation. Une confusion structurelle de l’ère post-coloniale, dont j’explique ici comment elle se traduit dans mon histoire.

Considérations à reprendre ultérieurement en articulation plus étroite avec les travaux de Florence Weber (histoire de l’anthropologie et rapports avec la sociologie) et de Jocelyne Dakhlia (approche de l’islam méditerranéen par l’anthropologie historique)]

Contextualisons d’emblée l’appel de Bateson [structure qui relie], en expliquant sa position dans les savoirs disciplinaires de son temps.

Gregory Bateson (1904-1980) est le fils d’un grand biologiste de l’Université de Cambridge, William Bateson (1861-1926). Dans les premières années du XXème siècle, il est le premier à proposer le terme « génétique » pour décrire l’étude de la variabilité, à partir des travaux sur l’hérédité du moine Grégoire Mendel (1822-1884), que William Bateson a redécouverts et défendus dans l’arène académique7. C’est d’ailleurs en l’honneur de Mendel qu’il a nommé son troisième fils Gregory. Or le fils aîné meurt dans la Grande Guerre en 1915 ; le cadet, de sensibilité plus romantique, se suicide en 1922 d'une balle dans la tête sur Piccadilly Circus. C’est ainsi que toute l’ambition scientifique du père retombe sur le jeune Gregory, qui a alors 18 ans. Après des études de biologie, ce dernier se dirige finalement vers l’anthropologie et part se faire les dents en Nouvelle-Guinée, sur l’analyse d’un rituel de travestissement dans une tribu de chasseurs de têtes, le Naven

Dans l’histoire de l’anthropologie, l’idée que le théoricien séjourne longuement sur le terrain ne s’est imposée qu’à la génération précédente, à partir de la mésaventure d’un jeune anthropologue polonais, Bronislaw Malinowski (1884-1942) : formé à Londres, mais ressortissant de l’empire austro-hongrois, il est surpris par la première guerre mondiale alors qu’il mène une campagne de collecte dans une île de Mélanésie, rattachée à l’Empire britannique. Malinowski est ainsi « confiné » de force sur le terrain pendant quatre ans ; à son retour dans l’université, il publie Les Argonautes du Pacifique occidental (1922), et fonde l’anthropologie fonctionnaliste, qui analyse les sociétés à partir des institutions culturelles qui en assurent la stabilité, comme dans un tout organique. Cette nouvelle lecture s’impose sur les courants alors dominants de l’évolutionnisme et du diffusionnisme.

Bronislaw Malinowski et les Trobriandais, en 1918. Collections de la London School of Economics.

La révolution malinowskienne est cette découverte un peu accidentelle - en tous cas liée à la fin d’un monde - qui permet une œuvre comme Naven à la génération suivante (1936). Le jeune Bateson se débat lui-aussi parmi des Mélanésiens, avec les outils intellectuels de la biologie du XIXème siècle, et ces questions de stabilité et de cohérence culturelle qui obsèdent l’anthropologie de son époque.

Il est important de poser cette histoire car qu’on le veuille ou non, à l’ère post-coloniale, le Yémen a relevé de l’aire de compétence de l’anthropologie, notamment suite à la disgrâce de l’Orientalisme. Le geste de mon enquête s’inscrit directement dans cette histoire-là, même s’il a suscité et suscite encore beaucoup d’interrogations : le physicien normalien qui part trois mois par an se poser sur un carrefour de Taez, et qui tente d’ajuster sa théorie de manière à comprendre les interactions, dans leur rapport avec l’histoire sociale locale. Dans cette affaire, l’immersion en situation est ce qui permet le genre de « débrayage » évoqué plus haut, une ré-élaboration conceptuelle suffisamment profonde pour découvrir l’ordre au sein de la complexité.

En 2004, avec de jeunes ouvriers journaliers sur le carrefour de Hawdh al-Ashraf
(voir mon article paru en 2008 :
« Les hommes de peine dans l'espace urbain : spécialisations régionales et ordre social à Taez »)

Ce n’est donc pas la peine de m’expliquer « Ce n’est pas comme ça qu’il fallait s’y prendre » - comme le font systématiquement les diplômés parmi mes co-religionaires, avec lesquels je tente de partager mon travail depuis quinze ans. Si je m’y suis pris comme ça, c’est parce que l’ethnographie réflexive est l’une des manières privilégiées de faire avancer les sciences sociales, en vertu d’un certain ordre théorique et méthodologique institué. Si ça ne vous plait pas, alors il faut contester cet ordre - et c’est précisément ce que je m’efforce de faire à travers mon travail. Mais si vous prenez part à cet ordre en le laissant tel qu’il est, sans jamais contester non plus la compétence des sciences sociales, alors il ne faut pas s’étonner que des problèmes finissent par se poser…

Il faut rappeler aussi le moment historique propre de mon étude, le début des années 2000. Si je fais ce geste à cet endroit - non pas dans une tribu reculée « traditionnelle », mais dans une ville qui figurait au Yémen la capitale de l’éducation et de la modernité - cela découle directement des attentats du 11 septembre 2001, et du blocage politique des régimes arabes qui s’étalait à cette époque aux yeux du monde. Deux décennies plus tard, et une décennie après l’irruption des Printemps Arabes, il s’avère qu’il n’y avait là aucune spécificité arabe : l’année 2011 apparaît même aujourd’hui comme le prélude à une déstabilisation généralisée. Raison de plus pour s’intéresser à la stabilité propre que j’ai pu construire dans mon travail en amont, par anticipation inconsciente de ces bouleversements, en dialogue avec certaines figures intellectuelles structurantes de ce domaine.

Le XXème siècle et nous

[Extrait de mon texte « Déconfinement. Récit autobiographique (1998-2004) et essai de généalogie familiale »]

 
« La monstrueuse pathologie atomiste que l'on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international - la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous - ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l'extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature. »
Derniers mots de Gregory Bateson (1979)8


« Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d'Israël: Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées? Je suis vivant! dit le Seigneur, l'Éternel, vous n'aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël. Voici, toutes les âmes sont à moi; l'âme du fils comme l'âme du père, l'une et l'autre sont à moi ».
Ezéchiel 18:2-4


Pour montrer les enjeux du présent texte, j’aimerais revenir aux citations placées en exergue. Car c’est bien ce dont il s’agit : se réconcilier avec nos aïeux, afin de replacer leurs citations dans leurs contextes. Nous ne sortirons pas de la crise actuelle sans produire cet effort transnational de re-contextualisation, cet énorme travail d’anthropologie, d’histoire et de sciences sociales, seule mobilisation humaine susceptible de tenir en échec l’emprise des technologies cybernétiques.

La citation de Bateson est reproduite sur la quatrième de couverture d’un recueil d’articles publié à titre posthume en 1991. Elle est souvent reprise, car elle résume bien les enjeux de sa pensée. En cherchant la référence exacte, j’ai découvert aujourd’hui qu’il s’agissait des derniers mots de sa « dernière conférence ». Une sorte de dialogue avec Bateson sur son lit de mort, c’est bien l’enjeu sous-jacent de ce texte.

Gregory Bateson appartient à la génération de mon grand-père plutôt qu’à celle de mon père. Néanmoins ce dernier partageait à sa manière certaines de ces prémisses, notamment la perspective de trouver l’apaisement dans la contemplation de la nature. Mon père avait découvert l’alpinisme avec ma mère, vers 30 ans, aussi la pratique régulière de la marche et de l’escalade en forêt de Fontainebleau. La pratique du sport dans la nature était une chose très importante dans sa vie, un besoin vital pour l’homme d’âge mûr que j’ai connu, et qu’il est toujours resté. Comme mes deux parents étaient athées, cette pratique a été ma seule éducation spirituelle, particulièrement importante dans les premières années de ma vie d’adulte. J’ai choisi Taez pour mon enquête au Yémen, aussi parce que c’était une région montagneuse - moyennant quoi je me suis retrouvé sous les gaz d’échappement, collé à un carrefour embouteillé en permanence… Mais j’étais tellement fasciné par cette société que la nature ne me manquait pas, et j’en étais le premier surpris. Pour l’adulte d’âge mûr que je suis devenu, c’est l’islam qui est devenu vital, c’est-à-dire une certaine écologie des relations humaines. J’ai toujours plaisir à sortir marcher, mais j’ai perdu tout rapport de dépendance à l’égard de la nature « sauvage ». Et de mon point de vue, c’est précisément cela qui détruit la planète. Car ce rapport à la nature des classes moyennes occidentales est indissociable d’une tendance objectiviste, liée à leur passage par les institutions d’enseignement supérieur9. Après avoir reporté toutes leurs contradictions sur le monde extérieur, la prétendue « réalité », ces dernières identifient certaines poches qu’il leur paraît indispensable de sacraliser, selon leurs besoins à eux… On peut bien rire des anthropologues de cabinet du XIXème siècle, qui dissertaient sur les sauvages depuis les bibliothèques des grandes métropoles européennes, avant la révolution malinowskienne10. Mais nos contemporains font encore pire, ces jours-ci : depuis le confinement de leur salon, ils prétendent encore sauver les ours polaires…

Mais passons à la citation de l’Ancien Testament. Cette citation est en fait une citation de Bateson déguisée. En effet, Gregory Bateson cite ledit proverbe en ouverture d’une conférence de 1966 : « De Versailles à la Cybernétique » (reproduite dans le tome 2 de Vers un écologie de l’esprit). Selon Bateson - et il faut se replacer dans l’actualité de la guerre froide - les deux principaux évènements du XXème siècle sont le Traité de Versailles et l’invention de la cybernétique. Le traité de Versailles de 1919, comme tentative de reconstruire les relations internationales sur des prémisses erronées, dont on sait qu’elles ont mené à la seconde guerre mondiale et à la course aux armements. Quant à la cybernétique ou la théorie des systèmes - découverte au cours des années 1940 dans les fameuses conférences Macy, dont Bateson est l’un des initiateurs - elle représente la révolution intellectuelle censée nous permettre de traiter correctement ce type de problèmes. En nous inspirant de la beauté de la nature, et en observant l’actualité humaine comme un naturaliste, nous devrions être amenés à corriger les prémisses erronées qui fondent notre civilisation. Au-delà du Traité de Versailles, il pense à Descartes et à Newton : « ces pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ».

Cet aspect de la pensée de Bateson, qu’il voulut inscrire comme ses toutes dernières paroles en 1980, sont depuis devenues la vulgate ordinaire de toute la pensée écologiste. Pour autant, Bateson exprimait aussi quelques réserves, qui malheureusement sont passées par pertes et profits :


Gregory Bateson, dernières pages de l’essai « De Versailles à la Cybernétique » (1966)11
Bien que, pour ma part, je croie que la cybernétique est un des plus beaux fruits que nous ayons cueillis sur l'Arbre de la Connaissance depuis deux mille ans, je pense aussi qu'il ne faut pas oublier, pour autant, que la plupart des fruits auxquels nous avons goûté jusque-là se sont avérés plutôt indigestes - et généralement pour des raisons cybernétiques.
Si la cybernétique contient en elle-même assez d'intégrité pour nous aider à ne pas succomber à sa propre séduction, et sombrer à nouveau dans la démence, nous ne pouvons pas non plus nous en remettre entièrement à elle pour nous tenir éloignés du péché.
Pensons à ces nombreux pays où les ministères des Affaires étrangères utilisent les ordinateurs et la théorie des jeux, pour décider de leur politique internationale. (…) L'ordinateur démarre, vibre, donne une réponse, et c'est alors qu'il y a quelque tentation à y obéir. Après tout, si l'on suit les ordres de l'ordinateur, on est un peu moins responsable que si l'on prend soi-même la décision. Or, en suivant les ordres de l'ordinateur, on approuve implicitement les règles du jeu qu'on y a introduites. On affirme ces règles du jeu.
Etant donné qu'il est évident que, de leur côté, les autres nations disposent elles aussi d'ordinateurs, qu'elles jouent à des jeux similaires, et qu'elles affirment aussi ces mêmes règles du jeu qu'elles introduisent dans leurs ordinateurs, le résultat, c'est donc un système dans lequel les règles de l'interaction internationale deviennent de plus en plus rigides.
Cela me semble pernicieux : je crois, pour ma part, que les tares du système international viennent, justement, de ce que ce sont les règles qui ont besoin de changer. La question n'est pas de savoir comment améliorer le système en fonction des règles déjà existantes mais de savoir comment nous débarrasser de ces règles avec lesquelles nous jouons depuis dix ou vingt ans, ou même depuis le traité de Versailles. Le vrai problème est de changer les règles, et si nous laissons nos propres inventions cybernétiques, les ordinateurs, nous enfermer dans des situations de plus en plus rigides, nous gâcherons la première chance véritable de progrès qui nous ait été offerte depuis 1918.
Tel est donc l'un des dangers de la cybernétique. Il peut en exister d'autres, dont beaucoup ne sont pas encore identifiés : nous ne savons pas, par exemple, quels pourraient être les effets d'une mise en ordinateur de tous les dossiers gouvernementaux.
Je conclurai, néanmoins, en réaffirmant que c'est pourtant aussi la cybernétique, qui recèle en elle-même ces moyens latents par lesquels nous pouvons escompter parvenir à des perspectives nouvelles et peut-être plus humaines, qui peut nous permettre de changer notre philosophie du contrôle et de considérer, enfin, notre propre folie selon une plus large perspective.

J’ai voulu laisser la parole à Bateson pour que vous sentiez la puissance prophétique de ces pages, écrites en 1966. En fait depuis, on n’a rien inventé de nouveau. Mais rendons-nous compte aussi à quel point il était lucide, malgré son enthousiasme intellectuel. Et notre génération en a gardé un enthousiasme aveugle, la lucidité ne lui étant plus accessible. Par exemple, depuis ma lecture il y a douze ans du second tome de Vers une écologie de l’esprit, j’ai gardé en tête ce petit proverbe tiré de la Bible, celui-même que le Prophète Ezéchiel reproche aux juifs de citer. Aujourd’hui je découvre avec stupéfaction que la citation est tronquée : en fait la Bible nous met en garde contre ce proverbe - mais Bateson n’a même pas pris la peine de nous avertir ! À l’époque, cette mise en garde ne lui apparaissait pas pertinente…

Cette anecdote résume à elle-seule la nature des rapports entre générations. Pour nous réconcilier avec la Terre, nous n’avons d’autre solution que de nous réconcilier avec nos aïeux. « Quoi qu’il en coute », comme dirait Macron : quitte à pour cela rechercher l’appui des textes sacrés, qui justement ne sont pas des « contes des anciens » (Sourate du Discernement, verset 5).

(3 mai 2020)

1Gregory Bateson. « An Analysis of the Nazi Film" Hitlerjunge Quex" », Studies in Visual Communication 6, no 3 (1980) : 20‑55.

2Ainsi des fondateurs de la “PNL” : Richard Bandler et John Grinder, The structure of magic. A book about language & therapy, vol. I (Science and Behavior Books, 1975) - préfacé par Virginia Satir et Gregory Bateson.

3Hoffmeyer, Jesper, dir., A Legacy for Living Systems: Gregory Bateson as Precursor to Biosemiotics, Biosemiotics (Springer Netherlands, 2008). https://www.springer.com/gp/book/9781402067051.

4Gregory Bateson, Vers une écologie de l’esprit, vol. 1 (Paris : Le Seuil, 1977); G. Bateson, La nature et la pensée (Paris : Seuil, 1984).

5Gregory Bateson, « Epilogue 1958 » in Vers une écologie de l’esprit, 1 : 195‑220.

6« Le texte est ainsi un entrelacement de trois niveaux d’abstraction: au niveau le plus concret on trouve les données ethnographiques; à un niveau plus abstrait se situe la tentative d’arranger ces données pour en obtenir différentes images de la culture, et à un autre, encore plus abstrait, la discussion réflexive des procédés par lesquels le puzzle de ce jeu de patience se constitue comme ensemble. » Dans ces phrases de Bateson parlant de Naven, j’ai le sentiment de retrouver la polysémie du mot « saloperie » dans mon travail. Cf « Le miel sur le rasoir. Une ethnographie du jeu et du fantasme dans la sociabilité masculine de l’urbanisation yéménite » (bilan de mes recherches rédigé à l’automne 2008).


7Alan G. Cock et D. R. Forsdyke, Treasure your exceptions: The science and life of William Bateson (Springer, 2008).

8Gregory Bateson. « La dernière conférence », dans Une Unité sacrée: quelques pas de plus vers une écologie de l’esprit (Seuil 1996, 1979), 404‑12. Note de l'éditeur p. 404 : "Sollicité pour donner ce qu'il aurait voulu appeler sa "dernière conférence", Bateson a répondu par ce brouillon, destiné à la presse, d'une conférence donnée le 28 octobre 1979 à l'Institut des arts contemporain, à Londres. Ecrit le 29 septembre 1979, ce texte était inédit jusqu'ici."

9Sur l’importance de la stratification éducative pour la compréhension de la crise mondiale actuelle, voir d’Emmanuel Todd le chapitre 12 : « La démocratie minée par l’éducation supérieure » de son livre Où en sommes-nous ?

10Dans l’histoire de l’anthropologie, l’idée que le théoricien séjourne longuement sur le terrain ne s’est imposée qu’à partir de l’oeuvre de Bronislaw Malinowski (1884-1942), un anthropologue polonais formé à Londres, qui s’est retrouvé coincé dans les îles de l’Empire britannique pendant toute la première guerre mondiale, du fait qu’il était ressortissant de l’empire austro-hongrois. C’est cette découverte accidentelle qui, à la génération suivante, permettra des œuvres comme le Naven de Gregory Bateson (1936), le fils d’un très grand biologiste de l’Université de Cambridge. William Bateson (1861-1926) est le premier à utiliser le terme génétique, après avoir redécouvert les travaux du moine Grégoire Mendel (1822-1884) sur l’hérédité. Et le jeune Gregory, son troisième fils, partira se faire les dents en Nouvelle-Guinée, sur l’analyse d’un rituel de travestissement dans une tribu de chasseurs de têtes…

11Gregory Bateson, Vers une écologie de l’esprit, vol. 2 (Paris : Seuil, 1980), 277‑78.



Sète, le 6 mars 2014.


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    Vincent Planel